Vous êtes vous déjà plaint.e d’avoir une Muse trop versatile ? Avez-vous tendance à abandonner votre projet en cours dès qu’une nouvelle idée de roman se présente, parce qu’elle vous parait toujours beaucoup plus attirante et motivante ?

J’ai découvert il n’y a pas si longtemps l’existence du syndrome de l’objet brillant. Et par la même occasion que j’en étais atteinte !

Mais qu’est-ce que le syndrome de l’objet brillant, comment se manifeste-t-il en écriture et comment peut-on lutter contre ?

C’est ce que je vous propose d’étudier dans cet article.

Objets brillants

Oh, des objets brillants !

 

Définition du syndrome de l’objet brillant

 

Le syndrome de l’objet brillant, c’est la propension à courir après tout ce qui est « brillant », c’est-à-dire tout ce qui est nouveau et/ou ressemblant à une bonne idée.

Si vous souffrez de ce syndrome, vous pouvez par exemple toujours vouloir le dernier smartphone high-tech, craquer pour une nouvelle montre à chaque fois que vous passez devant une bijouterie… ou pour les derniers romans parus quand vous mettez les pieds dans une librairie (alors que votre PàL occupe déjà trois étagères).

Personnellement, les smartphones, les montres ou les sacs à main, ça me laisse de marbre. Par contre, pour les livres… disons que mes étagères ne suffisent plus. XD

Mais la manifestation de ce syndrome qui nous intéresse aujourd’hui, c’est quand il concerne les projets et/ou les idées. Dans ces cas-là, le syndrome va vous poussez à changer très souvent de projet, car il y en a toujours un nouveau qui apparaitra et qui vous semblera bien plus intéressant à mener. Concrètement, quand vous souffrez de ce syndrome, vous avez toujours des dizaines d’idées de projets, vous vous lancez toujours dedans avec beaucoup d’enthousiasme, mais vous n’en avez mené (quasiment) aucun jusqu’au bout.

Et c’est là que nos Muses entrent en scène…

 

Le syndrome de l’objet brillant chez l’écrivain.e

 

En tant qu’autrice, j’ai toujours souffert du syndrome de l’objet brillant, mais j’ai mis très longtemps à comprendre que c’était un problème (et encore plus longtemps à découvrir que ça portait un nom et que je n’étais pas la seule à en souffrir).

Le premier signe, c’est que j’ai des dizaines d’idées d’histoires dans ma tête. Et de nouvelles continuent à émerger régulièrement. Je n’ai jamais eu peur de manquer d’inspiration. Au contraire, ce que je redoute serait plutôt de manquer de temps pour pouvoir écrire toutes ces histoires. Mais le point important, c’est que toutes ces idées sont incomplètes. Soit je n’ai pas d’intrigue, soit l’univers n’est qu’ébauché, soit il manque les buts et motivations de mes personnages principaux, soit… Toutes, même les plus développées, demanderaient beaucoup de travail pour pouvoir être transformées en roman.

Le deuxième signe, tout aussi révélateur, c’est la quantité de projets dans lesquels je me suis lancé ces dix dernières années en parallèle de l’écriture de mon roman Byakko — Loving Tiger. J’ai co-dirigé une anthologie aux éditions Voy » [el], puis j’ai été directrice (bénévole) de la collection de nouvelles numériques et aussi directrice d’ouvrages. Je me suis même impliquée en tant qu’associée de ces éditions durant un temps (en tenant notamment des stands sur certains festivals). J’ai aussi participé aux coulisses des fanzines Transition et Piment&Muscade sur leurs fins de vie. J’ai participé il y a quelques années à un forum de lecture (Mort-Sûre) où je recevais des romans en service presse que je devais chroniquer en échange. Je me suis impliquée sur le forum Cocyclics durant un temps comme modératrice challenge, puis sur le guide des éditeurs et plus récemment comme modératrice de la section dédiée aux corrections. Et, last but not least, j’ai bêta-lu une douzaine de romans (dont dix désormais publiés ou en instance de publication) durant cette même période.

Peut-être commencez-vous à mieux comprendre pourquoi il m’aura fallu neuf ans pour terminer le 1er jet de Byakko…

(À vrai dire, en établissant cette liste, j’en suis même venue à me demander comment j’avais pu réussir à ne pas y passer plus de neuf ans. -_-)

Mais tous ces projets annexes à l’écriture ne sont qu’une face du problème. L’autre, ce sont toutes les « opportunités » qui m’ont fait délaisser Byakko pour tenter d’écrire un autre roman. Parmi celles dont je me souviens, il y a eu le concours du premier roman jeunesse (de Gallimard, si je ne me trompe pas), un autre concours pour un roman YA dystopique, le concours organisé par une toute jeune maison d’édition pour des romans de Space Opera,… Ou encore l’idée de romance fantastique née en extrapolant sur deux personnages d’un roman d’une amie, et dans laquelle je me suis lancée parce que c’était fun d’écrire sur nos idées en parallèle.

Il n’y a pas plus de trois jours, je suis tombée par hasard sur l’un des appels à manuscrits des éditions Bookmark, basé sur une couverture et un thème imposés, et Muse a bondi dessus ! (Et c’est d’ailleurs de là que j’ai eu envie de vous écrire cet article sur le syndrome de l’objet brillant. ^^)

 

Le dénominateur commun derrière tous ces projets, c’est qu’ils semblaient toujours beaucoup plus attirants et motivants que les difficultés auxquelles je devais faire face dans l’écriture de Byakko.

Ils semblaient valorisants et/ou des occasions uniques à ne pas rater.

Certains nomment le syndrome de l’objet brillant d’une manière que j’aime beaucoup : de la procrastination active.

C’est exactement ça pour moi, et c’est aussi pour ça que j’ai mis tant de temps à me rendre compte que c’était un problème. Parce que j’étais active, et en plus toujours dans le domaine de l’écriture, je ne me rendais pas compte que ce n’était qu’une manière de procrastiner. Je n’ai pas gâché mon temps dans tous ces projets, loin de là, et pour la majorité je suis heureuse de les avoir faits. Mais c’est un temps que je n’ai pas consacré à mon projet vraiment important : mon roman Byakko.

 

Lutter contre le syndrome de l’objet brillant

Prendre conscience du problème

Se rendre compte qu’on est sujet.te au syndrome de l’objet brillant est déjà un grand pas pour être capable de lutter contre. Depuis que c’est mon cas, je ne me dis plus « Muse a trouvé une nouvelle idée trop chouette, qui fera un super roman ! », ou « Ce concours est une super opportunité, je suis sûre que je peux réussir ! » MAIS « Muse a sans doute encore vu un truc qui brille… ». Tout de suite, ça me permet de prendre un peu de distance avec ma pulsion du moment.

L’autre point important dans la prise de conscience, c’est de se rendre compte qu’on cède au syndrome de l’objet brillant en partie pour fuir des difficultés et pour ne pas se confronter à ce qui est vraiment important pour nous. Avec le temps, j’ai repéré que mon syndrome a tendance à se manifester quand je suis sur une scène compliquée de Byakko. Mais du coup, comme je n’aime pas me considérer comme une fuyarde, ça devient un bon signal d’alerte qui me met un coup de pied au derrière pour me pousser à revenir vers Byakko. ^^

 

Céder à la tentation pour mieux lâcher prise 

Ça peut sembler paradoxal, mais la meilleure technique que j’ai trouvée pour lutter contre le syndrome de l’objet brillant… c’est d’y céder !

Je m’explique : quand il me vient une nouvelle idée de roman, j’ai remarqué que si j’essaie de l’ignorer, Muse va totalement refuser de coopérer. Non seulement elle ne va plus être capable de se concentrer sur Byakko, mais en plus elle va me bombarder d’idées de scènes pour le « roman brillant ». Et elle ne lâchera pas l’affaire des jours durant, tant que je ne lui donnerai pas satisfaction.

Alors que si j’accepte de céder à la pulsion de Muse, elle lâchera ensuite prise bien plus aisément. L’avantage, c’est qu’il me suffit d’y céder partiellement pour que ça fonctionne (il suffit en fait que mon cerveau ait l’impression d’avoir eu son objet brillant, même pour un bref moment, pour décrocher de son intérêt vis-à-vis de cet objet). Concrètement, ce que je fais, c’est que je prends des notes sur l’idée de roman que je viens d’avoir et/ou j’écris le 1er jet de la scène qui me trotte en tête. Généralement, ça me permet de passer outre ma pulsion vis-à-vis de mon roman brillant en deux ou trois jours. Une semaine max.

 

Distinguer les objets brillants de ceux qui comptent vraiment

L’avantage d’appliquer la méthode que je viens de vous expliquer, c’est qu’elle me permet de distinguer assez facilement les pures idées de romans brillants des idées de romans que j’ai vraiment envie d’écrire. Parce que les romans qui m’inspirent vraiment vont revenir titiller Muse régulièrement. Ça sera toujours selon un mécanisme d’objet brillant (i.e. sous forme d’une distraction par rapport à mon projet en cours, probablement pour fuir une difficulté), mais la récurrence va être pour moi le signal que ces romans seront de bons candidats pour travailler dessus à temps plein le jour où le projet en cours sera terminé.

Même si ça ne m’est encore jamais arrivé, je n’exclus pas non plus la possibilité qu’un jour Muse ne veuille pas lâcher prise sur une idée, même après avoir tenté de lui donner satisfaction. Je connais quelques auteurices à qui c’est arrivé d’avoir un roman qui s’est littéralement imposé à elleux au milieu de la rédaction d’un autre, et qui ne les a pas lâché jusqu’à ce qu’elleux l’aient écrit en entier…

Je vous donne rendez-vous au prochain article pour un nouveau bout de chemin à arpenter ensemble.

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