Lionel Davoust (Photo © Mélanie Fazi)

Je ne sais plus comment j’ai connu le blog de Lionel Davoust (peut-être de manière plus ou moins conjointe avec ma découverte du podcast Procrastination, dont il est à l’origine). Ce que je sais par contre, c’est que son travail de « transmission » m’accompagne depuis de nombreuses années maintenant.

Je lui dois ma découverte de quelques outils très utiles pour écrire, comme le logiciel Scrivener (dont je ne pourrais plus me passer désormais) ou la méthode GTD (même si je n’en applique qu’une infime partie).

Je lui dois aussi de nombreuses réflexions autour de l’écriture qui m’ont ouvert la voie et ont enrichi mon parcours. Ce n’est pas un hasard si la seule citation que j’ai mise dans la présentation de ce blog est de Lionel…

(Il y en a une autre de lui que j’aime énormément : « Écrire, c’est de la folie. Mais c’est de la magie, et c’est pour ça que vous êtes là. »)

J’ai trouvé chez Lionel une manière d’aborder le processus d’écriture et une approche de la narration qui me parlent et trouvent très souvent un écho chez moi.

Le paradoxe ? J’ai du mal à accrocher aux romans de Lionel (qui sont pourtant excellents, il n’y a aucun doute là-dessus).

Ce qui démontre, s’il était nécessaire, que sensibilité technique et goûts littéraires ne sont nullement corrélés.

(À l’appui de cette démonstration, je ne suis pas non plus certaine que Lionel soit un lecteur de romances fantastiques YA… ^^)

Il vient de publier aux éditions Argyll un essai (oserais-je dire… fort attendu ?) intitulé « Comment écrire de la fiction ? Rêver, construire, terminer ses histoires. » (Et celui-là, par contre, je n’ai pas attendu pour le dévorer !)

Je suis très heureuse d’avoir la chance de le recevoir aujourd’hui dans mes interviews inspirantes.

 

Aodez : Bienvenue en ces lieux, Lionel. Voudrais-tu ajouter quelques mots à cette introduction ?

Lionel : Merci beaucoup, et merci pour les citations, ça me touche beaucoup. C’est très juste, ce que tu dis sur le fait qu’approche et goûts ne sont pas nécessairement corrélés : l’approche n’est qu’un ensemble d’outils, qui n’ont de valeur qu’à partir du moment où ils nous permettent de réaliser ce qu’on veut. Et tout le truc est là : ce qu’on veut.

Aodez : Attaquons-donc maintenant le cœur du sujet. Te souviens-tu de tes débuts d’auteur ? Étais-tu confiant dans ton écriture à l’époque ou au contraire très critique quant à tes capacités ?

Lionel : J’ai sincèrement l’impression d’être toujours en train de débuter d’une manière ou d’une autre dans ce métier. Je me sens toujours en train de tenter un truc, d’expérimenter avec quelque chose, même au cours d’une saga, tandis qu’elle progresse au fil de ses différentes étapes. Avec les réalisations passées, j’ai peut-être appris x ou y ; mais c’est une infime partie d’un ensemble qui est de toute manière infini.

Mais pour répondre quand même un peu plus précisément à ta question, je me souviens, alors que je m’approchais de la fin de mes études, m’être dit que j’allais à présent m’efforcer d’écrire « sérieusement » (c’est-à-dire, faire attention à l’exécution dans l’espoir affirmé de publier des textes). Cela me semblait très lointain et inaccessible ; je me sentais donc très à l’aise avec l’idée que ça prenne longtemps, et quand cela s’est produit, en fait, j’ai été le premier surpris, car c’est arrivé bien plus vite que je ne l’imaginais.

 

Aodez : Avais-tu des peurs en tant qu’auteur débutant ? En as-tu encore aujourd’hui ?

Lionel : Je joue ma vie tous les jours face au clavier. Je suis terrifié à chaque fois qu’arrive 13h30 (je consacre tous mes après-midis à écrire). Paradoxalement, je crois que je l’étais moins au début, parce que j’étais merveilleusement ignorant de tas de choses sur le métier, les enjeux, personne ne s’intéressait à ce que je faisais, etc. Attention, c’est un honneur et une joie d’être suivi et attendu ; mais je me sens clairement des enjeux, une responsabilité vis-à-vis de mon lectorat de ne pas décevoir, de proposer le travail le plus sincère et le plus abouti possible. Une citation du maître zen Shunryu Suzuki me fait grandement réfléchir en ce moment par rapport à l’art et l’expérience que l’on acquiert : « L’esprit du débutant contient beaucoup de possibilités, l’esprit de l’expert en contient peu. » Je fais un effort très conscient de rester en lien avec l’énergie du débutant autant qu’il m’est humainement possible. Pas toujours facile.

 

Aodez : T’est-il déjà arrivé de rencontrer de grosses difficultés dans ton écriture ? Un point particulier que tu n’arrivais pas à maîtriser ? Si oui, comment l’as-tu (ou les as-tu) surmontée(s) ?

Lionel : Tout est difficile tant que cela n’a pas été réalisé. Et une fois que c’est fait, c’est devenu simple, parce que tu as trouvé comment faire… Mais parfois, que d’errances pour y parvenir ! Et l’errance fait partie du processus. Par nature, pour moi, l’écriture, et la création de manière générale, font partie des choses plus difficiles du monde, car, même s’il existe des approches techniques, des réflexions sur le média, le cœur même de la réalisation reste inarticulé, insaisissable, toujours changeant et éminemment personnel. Toute scène est difficile pour moi parce qu’elle doit être différente de tout ce que j’ai pu faire (encore une fois, autant qu’il est humainement possible, je ne suis pas infaillible, surtout avec maintenant quelques milliers de pages dans les pattes), donc il me faut trouver son unicité, l’approche précise qui fait qu’elle est ce qu’elle est, et pas une resucée plus ou moins consciente d’un projet précédent. C’est pour cela que je joue ma vie tous les jours, et que j’ai l’impression de re-débuter tous les jours. Je m’efforce d’arriver neuf à chaque fois. Et la seule approche que j’aie trouvée pour l’instant face à ça… c’est être extrêmement têtu et persister jusqu’à la déraison.

 

Aodez : Aujourd’hui, malgré toute ton expérience, fais-tu encore face à certaines difficultés ?

Lionel : En toute honnêteté, l’entêtement et la persistance déraisonnable commencent à montrer leurs limites après une décennie d’un tel régime. Je ne regrette pas, cela m’a permis d’apprendre beaucoup, mais je crois être parvenu à un stade où il me faut transmuter mon approche. Je ne sais pas encore la forme que cela prendra, si ce n’est que je m’imposerai certainement beaucoup moins de deadlines, voire pas du tout. Je n’en ai plus besoin pour me motiver (ou, plus exactement, cela ne me motive plus).

 

Aodez : Quel est le meilleur conseil que tu aies lu ou reçu durant ta carrière d’écrivain, celui qui t’a le plus aidé ? (Que ce soit parce qu’il a levé un blocage précis ou sur le long terme.)

Lionel : Un mélange de deux, en fait :

 

Aodez : Avec le recul, qu’est-ce que tu aimerais dire au jeune auteur débutant que tu as été ?

Lionel : Écris davantage et pour rien, bordel. Cesse de tourner en rond à te donner de bonnes excuses parce que tu as peur. Tente des trucs, cherche ton plaisir y compris dans des trucs idiots, coupables, abscons — on s’en fout. Tu formeras plus rapidement ta propre école de pensée, et de là, les histoires et les thèmes auxquels tu souhaiteras rester fidèle. Bref : touche ton manuscrit tous les jours.

 

Aodez : Et pour la dernière question : qu’est-ce qui rend l’écriture si précieuse à tes yeux ?

Lionel : Le lien avec le Mystère. Il y a quelque chose de vertigineux à voir des éléments censément disparates, posés dans un récit parce qu’ils semblaient simplement pertinents, s’organiser presque d’eux-mêmes et prendre une forme qui te dépasse, et qui dépasse tes meilleurs efforts conscients, tandis que tu comprends enfin ce qu’ils signifient vraiment. C’est une démarche qui me paraît presque chamanique. Et après, tu as la chance de pouvoir rapporter cela dans le monde des mots, voir la forme se cristalliser, et la partager avec ceux et celles qui te lisent, en disant simplement : « regardez, j’ai trouvé ça. »

Vous pouvez retrouver la majeure partie de la bibliographie récente de Lionel Davoust aux éditions Critic, mais aussi chez ActuSF, Argyll et aux éditions 1115.

(Cliquer sur l’image pour faire défiler le diaporama)

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