Dans un précédent article, je vous ai présenté les 12 archétypes de Jung. Plusieurs personnes m’ont demandé d’expliquer comment je les utilise pour construire mes personnages, et il est temps de tenir cette promesse !

Je vais vous donner un exemple concret sur le personnage d’Elizabeth, l’héroïne de mon roman Byakko — Loving Tiger.

Mais avant ça, je vais vous expliquer mon approche personnelle des 12 archétypes de Jung. C’est une approche que je n’ai trouvée sur aucun des sites qui présentaient les archétypes.

 

Comment utiliser les archétypes de Jung pour construire ses personnages 

 

Dans mon précédent article, je vous ai expliqué que les archétypes de Jung peuvent être classés selon leur « mission de vie » et selon leur rapport au monde. Comme un schéma vaut parfois mieux que mille mots, je vous en ai fait un pour visualiser tout ça :

Diagramme des 12 archétypes de Jung

Organisation des 12 archétypes de Jung

En visualisant les archétypes de Jung selon un tel schéma, et en le comparant à ce que j’avais analysé de ma propre personnalité et de celles de mes personnages principaux (en tout cas ceux qui fonctionnaient bien), j’ai pris conscience de deux choses :

  • Tout le monde (c’est en tout cas ce qu’il me semble) a besoin de vivre en groupe, de vivre pour soi-même et de vivre pour son âme. Même si on peut avoir un archétype dominant, on aura forcément (au moins) un archétype secondaire qui guidera chacun des deux autres besoins.
  • La « mission de vie » étant un élément qui définit profondément et inconsciemment notre personnalité, généralement nos trois archétypes de rapport au monde appartiendront au même cadran de ce schéma (i.e. à la même mission de vie).

 

Est-ce que ça veut dire qu’il n’y a que quatre grands types de personnalités qui existent ? Oui et non (toujours d’après moi, bien sûr, et selon un point de vue d’autrice, car je ne suis nullement psychologue). On (/nos personnages) peut être sensible à un archétype secondaire appartenant à un autre cadrant, ce qui va donner une coloration singulière à la personnalité. Par ailleurs, il peut y avoir mille incarnations des archétypes principaux ainsi que mille équilibres différents dans la combinaison de trois archétypes appartenant au même cadrant.

 

Si je me prends comme exemple, j’appartiens sans aucun doute au cadrant « Liberté », dont la mission de vie est d’aspirer à la spiritualité. Je réponds totalement à l’archétype de l’Utopiste et je pense que c’était mon archétype dominant durant toute mon adolescence et le début de ma vie d’adulte, notamment dans les besoins poursuivis.

Mais en mûrissant, c’est un autre archétype qui a pris le dessus : celui de la Sage. À travers mes études, à travers le yoga et à travers l’écriture, j’ai fini par faire passer au premier plan la devise de la Sage : « Celle qui regarde vers l’extérieur rêve, celle qui regarde vers l’intérieur s’éveille. » La quête qui donne son nom à ce blog, c’est la quête de la Sage. L’existence même de ce blog découle de mon besoin d’apprendre et de comprendre, et incidemment de retransmettre ce que j’ai appris et compris.

Enfin, il y a l’archétype de l’individualiste (ou de l’exploratrice). Cet archétype-là a été plus étouffé par mes peurs personnelles (peur de partir à l’aventure, timidité au milieu des groupes, etc.), mais je pense qu’il s’est exprimé au travers de mon intérêt pour les cultures asiatiques, à travers la multiplication de mes passions et à travers mes goûts musicaux éclectiques. Je sais aussi que c’est une partie de moi à laquelle j’ai toujours voulu laisser plus de place, ce qui m’a amenée à faire un travail sur les peurs qui me limitaient.

Quant aux archétypes secondaires, paradoxalement je me reconnais peu dans celui de la créatrice, hormis dans le fait d’amener de l’ordre au chaos. Mais je ne cherche ni à créer quelque chose de valeur, ni à laisser ma trace dans le monde (si je crée, c’est pour comprendre (la Sage) et pour échanger avec d’autres (l’Exploratrice)). Le seul archétype secondaire qui fait écho en moi, c’est celui de l’Amoureuse (ce qui est, somme tout, assez logique pour une autrice de romance ^^).

 

Utiliser les archétypes de Jung pour construire un personnage

J’utilise ici le verbe « construire », mais il faut le comprendre au sens large. Concrètement, jusqu’à présent j’ai surtout utilisé les archétypes de Jung pour affiner mes personnages, lors de mes corrections (il faut dire que je les ai découverts alors que le travail sur Byakko était déjà bien avancé). Je suis convaincue qu’ils peuvent être très utiles pour celleux qui souhaitent préparer leurs personnages en amont de l’écriture. Mais je suis aussi convaincue que c’est pour affiner des personnages existants qu’ils révèlent toute leur puissance.

Ils me permettent de vérifier la cohérence de mes personnages et de creuser plus loin dans leur psychologie.

Il y a longtemps que j’ai compris que je suis quelqu’un qui manque d’empathie, au sens « empathe » du terme : j’ai beaucoup de mal à me mettre à la place des autres, à comprendre ce qu’ils peuvent ressentir et pourquoi. C’est un défaut très handicapant dans la vie de tous les jours (on a tendance à blesser les autres sans même s’en rendre compte, alors que ce n’est pas du tout ce qu’on désire), mais c’est aussi un défaut très handicapant quand on est autrice. Tout simplement car ce manque de compréhension des autres rend très compliquée la création de personnages complexes et réalistes dès lors que ces personnages ne fonctionnent pas comme nous.

J’ai aussi un défaut lié à mon archétype « Utopiste », c’est mon optimisme (forcené, diront certains) qui me pousse à toujours voir avant tout le bon côté des gens. Ce qui veut aussi dire que j’ai beaucoup de mal à donner des faiblesses, notamment d’ordre « moral » à mes personnages.

Les archétypes de Jung me permettent tout ça : comprendre quelles peuvent être les besoins (donc les raisons d’agir profondes) d’un personnage, ses peurs (liées directement à ses besoins en fait), ses forces et ses faiblesses qui ne sont que les conséquences cohérentes des grands traits de personnalité de ses archétypes principaux.

Je n’utilise pas les 12 archétypes de Jung comme une recette toute faite pour construire mes personnages, mais je les utilise parce qu’ils me parlent, me paraissent profondément cohérents, font écho en moi et qu’ils ont magnifiquement bien fonctionné sur tous mes personnages.

Premier niveau d’utilisation des archétypes pour construire un personnage

Pour la plupart de mes personnages, surtout si je ne rencontre pas de difficultés particulières à les « incarner » dans mon récit, je me contente de dresser les grandes lignes de leurs archétypes. Ça me permet de mettre en avant les mots qui guident leur personnalité (et donc leurs décisions importantes), ainsi que leurs devises. Je trouve que les devises sont un très bon outil pour avoir un aperçu de la vision du monde et des convictions d’un personnage.

Cette étape me suffit généralement à ancrer le personnage dans mon esprit et à vérifier sa cohérence.

Pour exemple, voici ce que ça donne pour l’héroïne de Byakko — Loving Tiger :

ELIZABETH

Archétypes :

  • Groupe: Héros (Maîtrise)
  • Être: Visionnaire (Pouvoir)
  • Âme: Rebelle (Libération) + Exploratrice (Liberté)

LAISSER SA MARQUE

Devises :

  • Qui veut, peut.
  • Je fais arriver les choses.
  • Les règles sont faites pour être brisées.
  • Ne m’enferme pas.

Deuxième niveau d’utilisation des archétypes de Jung pour construire un personnage

Il arrive cependant que j’aie du mal à cerner un de mes personnages. Ou bien que je me rende compte que quelque chose ne fonctionne pas.

Dans le cas d’Elizabeth, dans la première version que j’avais écrite d’elle, il est arrivé un moment où il est devenu évident que son personnage ne fonctionnait pas :
– Quand j’ai dû la confronter à des décisions difficiles, j’ai été incapable de déterminer quelles seraient ses réactions
– Ce que j’écrivais pour ses passages sonnait fade
– Les réactions que j’attendais d’elle pour certains passages du roman ne semblaient pas cohérentes avec ce que j’avais pu montrer d’elle jusque là
– Je sentais au fond de mes tripes que ce personnage ne fonctionnait pas et mes premières lectrices me l’avaient confirmé en me disant qu’elles trouvaient l’une de mes personnages secondaires mille fois plus intéressante que mon héroïne et qu’elles s’ennuyaient sur les passages du point de vue de mon héroïne.

J’avais tenté un premier retravail de mon personnage, mais qui n’avait pas très bien fonctionné parce que je n’avais pas les clés pour comprendre ce qui n’allait pas. Et c’est là que j’ai découvert les archétypes de Jung, et qu’ils ont tout révolutionné pour moi !

Ce long article d’exemple est terminé. J’espère qu’il vous aura été utile, et je vous donne rendez-vous au prochain article pour un nouveau bout de chemin à arpenter ensemble.

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