Paul Beorn

Paul Beorn

Il y a un peu plus de dix ans de ça, les hasards d’internet mettaient sur ma route une interview de Paul Beorn, à l’époque où je débutais tout juste ma quête d’écrivaine.

De ma lecture de cette interview découla mon inscription sur le forum de CoCyclics, sans lequel je ne serais jamais devenue l’autrice que je suis aujourd’hui. Mais je dois tellement plus à Paul Beorn et, même si nous nous connaissons bien maintenant, je ne suis pas certaine qu’il en soit conscient…

Rencontrer un auteur alors qu’il vient tout juste de publier son premier diptyque, puis avoir l’occasion de fréquenter le même forum de bêta-lecture et d’échanger régulièrement avec lui, en toute simplicité et amitié ; et dans le même temps, le voir construire une carrière d’auteur extraordinaire chez des éditeurs qui me font rêver depuis que je suis gamine.

C’est une chose qui n’a jamais cessé de m’inspirer et de me motiver.

Paul Beorn est aussi celui qui m’a fait découvrir mes premiers ouvrages de narration. D’abord avec l’Anatomie du Scénario de Truby, et puis surtout avec l’ouvrage qui allait être une véritable révolution pour moi : Save the Cat ! de Blake Snyder.

J’ai tout de suite adhéré à l’intérêt de Paul pour les ouvrages de narration, et en même temps à son approche qui a toujours consisté à les questionner pour mieux se les approprier.

Mon vrai premier coup de foudre pour la plume de Paul Beorn, je l’ai eu avec Le septième guerrier-mage (quant à son diptyque Calame, c’est au-delà du coup de foudre).

À chaque fois que je lis l’un de ces romans, cela réveille chez moi une furieuse envie de me replonger dans mes propres projets de fantasy. Au point que j’ai fini par me dire : « Un jour, je saurais écrire de la fantasy comme Paul Beorn ! ».

Vous comprendrez donc quelle fut ma joie quand il m’a proposé d’être l’une de ses bêta-lectrices pour le tome 2 de Calame (qui est sorti depuis quelques semaines !). Une expérience qui, en plus d’être un honneur, m’aura énormément appris.

Pour toutes ces raisons, demander à Paul d’ouvrir le bal de mes interviews inspirantes était une évidence pour moi. Et il a eu la gentillesse d’accepter sans hésitation !

Mais je crois que je me montre bien trop bavarde et il est grand temps de lui laisser la parole !

 

Aodez : Bienvenue en ces lieux, Paul. Voudrais-tu ajouter quelques mots à cette introduction ?

 

Paul : En lisant ton portrait, je me suis dit : c’est moi, ça ?? Entendre parler de « carrière extraordinaire », je me sens devenir tout rouge et j’ai envie de me cacher dans un trou de souris. C’est vrai, je suis passé à la télé, j’ai reçu des prix, un de mes romans est publié dans 10 pays étrangers et s’est vendu à plus de 100 000 exemplaires (je n’en reviens toujours pas !!!), mais… j’ai l’impression que c’est arrivé à quelqu’un d’autre. Dans ma tête, je suis toujours ce petit garçon timide qui passe des heures sur son écran à écrire ses romans dans son coin.

Et en te lisant, je vis exactement ce dont je rêvais depuis l’âge de 5 ans : donner du bonheur à d’autres personnes avec des histoires, leur donner envie elles-mêmes de se lancer dans leurs projets — comme d’autres auteurs l’avaient fait pour moi. Tu viens de me montrer qu’avec une personne, au moins, j’ai tenu la promesse que j’avais faite à ce petit garçon que j’étais, alors un grand merci. <3

Sinon, je confirme : je n’avais pas conscience du tout d’avoir eu autant d’importance dans ta vie d’autrice et d’éditrice !! Pour moi, tu es « Sytra », compagnonne de forum et de salons, camarade de plume de toujours.

 

Aodez : Attaquons-donc maintenant le cœur du sujet. Te souviens-tu de tes débuts d’auteur ? Étais-tu confiant dans ton écriture à l’époque ou au contraire très critique quant à tes capacités ?

 

Paul : Les deux !

J’avais 5 ans quand j’ai décidé de devenir écrivain en écoutant ma mère lire Bilbo le hobbit.

Pour tous les autres aspects de la vie, je n’ai aucune confiance en moi, mais là-dessus, j’avais une certitude absolue : cela prendrait le temps et le travail qu’il faudrait, mais un jour, mes romans seraient en librairie. Cela faisait partie de moi, comme une caractéristique sur une carte d’identité. C’est ce qui m’a permis d’encaisser des dizaines de lettres de refus d’éditeurs, de remiser des manuscrits au placard et d’en écrire de nouveaux en me disant à chaque fois : « aucune importance, ce sera peut-être le suivant le bon, ou encore le suivant, et à chaque roman, je m’améliore. »

En revanche, j’ai toujours été critique sur mes capacités. J’ai toujours pensé que j’étais un auteur sans talent, qui devrait beaucoup, beaucoup travailler son écriture et sa narration pour vivre son rêve. Essayer de progresser, de me dépasser, d’apprendre de nouvelles choses, c’est pour moi une nécessité absolue.

On m’a déjà fait remarquer que ma carrière n’avait aucune logique : je publie pour adultes, pour ados, pour 10-12 ans et maintenant pour 7-8 ans. De l’historique, du fantastique, de la fantasy. Tout seul ou à 4 mains. Et mon prochain livre n’est même pas vraiment un roman classique, c’est un « livre dont vous êtes les héros ».

Difficile de fidéliser un lectorat quand on écrit des choses aussi différentes !

Mais j’aime sortir de ma zone de confort, car je me dis toujours : « j’ai besoin d’apprendre. »

 

Aodez : Avais-tu des peurs en tant qu’auteur débutant ? En as-tu encore aujourd’hui ?

 

Paul : Quand je lis mon dernier roman terminé, je me dis toujours : « c’est moi qui ai écrit ça ? Ce devait être un coup de chance, je n’arriverai plus jamais à en écrire un nouveau. »

J’ai toujours des idées pour un nouveau roman, mais toujours la crainte de ne pas arriver à l’écrire, ou mal, ou pas jusqu’au bout.

 

Aodez : T’est-il déjà arrivé de rencontrer de grosses difficultés dans ton écriture ? Un point particulier que tu n’arrivais pas à maîtriser ? Si oui, comment l’as-tu (ou les as-tu) surmontée(s) ?

 

Paul : Pendant des années, j’ai écrit des romans juste pour me faire la main. Je n’avais pas l’intention de les faire lire à qui que ce soit.

Et tout en écrivant, je prenais des notes sur ce que je faisais bien et ce que je faisais mal. Je m’étais rendu compte d’une chose, par exemple : je ne savais pas écrire les dialogues.

J’ai donc décidé de m’obliger à les travailler avec une histoire à contrainte : elle devait se passer entièrement au téléphone. Je me suis arraché les cheveux, mais ça a marché. Depuis ce texte, j’adore écrire des dialogues et je m’y sens à l’aise.

 

Aodez : Aujourd’hui, malgré toute ton expérience, fais-tu encore face à certaines difficultés ?

 

Paul : S’y mettre ?

Entre les corrections du précédent roman, la promotion de celui encore avant, les négociations avec des éditeurs pour le suivant et toutes les sollicitations de la vie quotidienne… Il est facile d’oublier le principal : être écrivain, c’est d’abord écrire des romans.

Le reste n’est pas si important.

C’est parfois effrayant de commencer une histoire : toutes ces idées excitantes que j’ai couchées sur le papier, vais-je réussir à en faire un bon roman ? Vais-je les gâcher ? Vont-elles sembler ternes une fois écrites ? Alors il m’arrive de les garder au chaud intactes dans ma tête et tous les prétextes du monde ne manquent pas pour éviter de les écrire.

 

Aodez : Quel est le meilleur conseil que tu aies lu ou reçu durant ta carrière d’écrivain, celui qui t’a le plus aidé ? (Que ce soit parce qu’il a levé un blocage précis ou sur le long terme.)

 

Paul : J’en ai reçu plusieurs…


 

Aodez : Avec le recul, qu’est-ce que tu aimerais dire au jeune auteur débutant que tu as été ?

 

Paul : « Ne reste pas tout seul dans ton coin ! Va au-devant d’autres autrices et auteurs débutants sur internet (il y a des communautés pour cela). Parle d’écriture avec eux, montre tes textes à des inconnus, lis celui d’inconnus : tu es peut-être la seule personne qui écrit des romans autour de toi, mais tu es trèèèès loin d’être le seul au monde. Tu as sûrement des choses à leur apprendre et toi, tu en as énormément à apprendre d’elles et d’eux. »

 

Aodez : Et pour la dernière question : qu’est-ce qui rend l’écriture si précieuse à tes yeux ?

 

Paul : Altruistement : c’est le meilleur moyen que j’ai de donner du bonheur aux gens, de les inspirer, de les aider (un tout petit peu) à vivre, de changer (un tout, tout petit peu) le monde avec les convictions qui sont les miennes.

Égoïstement : écrire, c’est une immersion totale dans une autre vie, comme la lecture d’un super bouquin, mais en dix fois plus fort. L’intensité des sentiments vécus, des rencontres, est immense pour moi, même s’il s’agit de fiction. J’aime ma vie, mais elle ne m’a jamais suffi, j’adore cette liberté de m’en inventer d’autres.

Si vous ne connaissez pas encore les ouvrages de Paul Beorn, vous pourrez les retrouver en adulte chez Bragelonne et Mnemos, et en jeunesse chez Castelmore et Rageot.

(Cliquer sur l’image pour faire défiler le diaporama)

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