Cécile Duquenne

Cécile Duquenne

Cécile Duquenne est la toute première autrice dont j’ai bêta-lu (alpha-lu, plus exactement) un roman en entier. Et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agissait du tome 2 des Nécrophiles Anonymes, dont le contrat d’édition était déjà signé quand Cécile a décidé de faire appel à des bêta-lecteurices pour le peaufiner. Je ne vous raconte pas la pression !

Mais j’étais jeune et pleine d’enthousiasme à cette époque-là, ça a compensé… (Qui a dit « naïve » ? ^^)

Ce fut une très belle expérience, mais la plus belle aventure que j’ai vécue grâce à Cécile, et à ses côtés, est arrivée un peu plus tard.

J’étais encore une jeune autrice avec peu d’expérience quand est née l’envie de monter une anthologie autour de l’Asie. Je savais que Cécile étudiait alors le japonais en master à l’université, donc je lui ai demandé si ça l’intéresserait de monter ce projet avec moi et de le proposer aux éditions Voy’[el], chez qui tous ses romans papier étaient édités à cette époque-là.

C’est ainsi qu’a vu le jour l’anthologie De la corne du Kirin aux ailes du Fenghuang, que nous avons co-dirigée avec Cécile. J’ai adoré travailler avec Cécile (si vous ne la connaissez pas encore, c’est une personne adorable) et je me sens vraiment chanceuse d’avoir eu cette opportunité.

Outre d’être une autrice plutôt prolifique, Cécile a aussi décidé de transmettre tout le savoir-faire qu’elle a accumulé au cours des années. Je suis une fidèle lectrice de ses emails quotidiens (auxquels je vous invite à vous inscrire à votre tour !) et elle est la créatrice de L’école d’écriture 2.0, véritable mine d’or pour tous.tes les auteurices débutant.es ou souhaitant se perfectionner dans leur art.

Mais il est temps de lui laisser la parole…

 

Aodez : Bienvenue en ces lieux, Cécile. Voudrais-tu ajouter quelques mots à cette introduction ?

Cécile : À part que la réciproque est tout aussi vraie ? 😀 Pas spécialement ! Merci pour cette introduction fort élogieuse qui rappelle en effet de très bons souvenirs partagés…

 

Aodez : Attaquons-donc maintenant le cœur du sujet. Te souviens-tu de tes débuts d’autrice ? Étais-tu confiante dans ton écriture à l’époque ou au contraire très critique quant à tes capacités ?

Cécile : Ohhhh, oui, je m’en souviens… et j’ai même gardé toutes les preuves « honteuses » de mes exactions en ligne, sur fanfiction.net, sous le pseudoynome Gabrielletrompelamort (oui, je m’autobalance, voyez-vous ! ^^)

J’étais une autrice confiante mais pas sûre d’elle, au sens où tout ce que je découvrais et apprenais sur l’écriture comme sur moi-même m’enthousiasmait. Et j’acceptais la remise en question sans souci, tant qu’elle était respectueuse. L’exaltation « fofolle » s’est un peu tari, au sens où elle a laissé place à un enthousiasme plus prudent, plus mesuré. Je ne dis plus « oui » à tous les chouettes projets qui passent, le burnout étant passé par là… mais le bonheur d’écrire est, lui, resté intact !

Concernant mes capacités techniques, j’en étais tout à fait ignorante. Je testais, je m’amusais, sans pression, et c’est tout ce qui comptait. Au fil de textes très moyens mais de plus en plus bons, j’apprenais. Lentement, mais beaucoup. Aujourd’hui, je suis bien plus sûre de moi, et confiante aussi en mes capacités : je suis une professionnelle et je n’ai pas peur de le dire. Mais je sais que sur certains aspects de l’écriture, je reste une débutante – bon, moins que d’autres, mais il me reste des choses à apprendre, et ça, c’est chouette !

En fait, j’ai toujours gardé un rapport très serein envers mes capacités : ce que je ne sais pas reste à apprendre, et avoir des choses à apprendre, ce n’est pas une honte. Je suis toujours comme ça aujourd’hui !

 

Aodez : Avais-tu des peurs en tant d’autrice débutante ? En as-tu encore aujourd’hui ?

Cécile : J’avais des peurs profondément enfouies et, au final, plus liées à l’ego qu’à la technique. Peur d’être oubliée. Peur de ne jamais être lue. Peur de ne rien transmettre au monde. Peur de ne pas exister, en somme.

Écrire, c’était me sentir exister – alors, j’ai continué. Je continue aujourd’hui pour les mêmes raisons : parce qu’écrire me divertit à mes propres yeux, me fait me sentir entière et complète, et divertir les autres a le même résultat.

Les techniques d’écriture ont toujours été davantage un moyen qu’un obstacle, dans ce contexte. Une façon de parvenir à mes fins !

 

Aodez : T’est-il déjà arrivé de rencontrer de grosses difficultés dans ton écriture ? Un point particulier que tu n’arrivais pas à maîtriser ? Si oui, comment l’as-tu (ou les as-tu) surmontée(s) ?

Cécile : Oui : trop d’écriture tue l’écriture. Je voulais écrire vite et bien ; et j’y suis arrivée, dans une certaine mesure, pendant quelques années…

Puis le burnout m’a explosé à la figure et a été un véritable problème pour l’autrice très prolifique que j’étais. Tout s’est effondré très vite. Je suis passée de 2 à 3 romans par an à… zéro.

Prolifique, je le suis beaucoup moins aujourd’hui, mais c’est un choix assumé et serein. Beaucoup de gens me font très aimablement part de leur admiration quant à ma capacité à écrire et enregistrer une masterclass complète de 3h par mois sur un sujet ultra pointu d’écriture… mais une masterclass, c’est 30-35h de boulot, alors qu’un roman, même petit, il faut souvent multiplier ça par 10 ou 20, minimum !

Aujourd’hui, je fais toujours en sorte d’écrire des textes aussi bons que possible (comme j’ai toujours essayé de le faire !), mais beaucoup plus lentement. Et cette lenteur sereine est une véritable alliée. J’ai un rapport beaucoup plus profond avec l’écriture. Plus à l’écoute, aussi. Moins productiviste. Et j’aime beaucoup ça.

 

Aodez : Aujourd’hui, malgré toute ton expérience, fais-tu encore face à certaines difficultés ?

Cécile : Oui, car je me lance des défis un peu fous, comme écrire un polar « whodunnit » pour la première fois, en mode thriller, et l’envoyer à un agent pour voir ce qu’il en pensera ! C’est un défi au sens où je suis une autrice de SFFF, et je me lance pour la première fois dans un genre littéraire non seulement hors des sentiers de l’imaginaire, mais en plus dans un sous-genre très technique dont je ne maîtrise pas bien les ficelles encore, même si j’en ai les codes (le whodunnit, donc !).

Cela fait 6 mois que j’en lis, que je me forme, que j’apprends, et passe peu à peu à la pratique. Savoir écrire d’autres types de romans aide énormément, évidemment, mais ça va être un sacré défi technique et littéraire… et un tournant pour ma carrière, si j’y arrive.

J’ai une chance sur deux d’échouer, rien que pour l’écriture du premier jet. Pourtant, j’en parle librement, car l’échec n’est pas une honte : c’est une forme d’apprentissage, là aussi… et je pense que tout le monde aujourd’hui a besoin de voir que les collègues écrivains, même installés, même pros, font eux aussi face à des difficultés. Ça me semble plus sain comme ça.

 

Aodez : Quel est le meilleur conseil que tu aies lu ou reçu durant ta carrière d’écrivaine, celui qui t’a le plus aidé ? (Que ce soit parce qu’il a levé un blocage précis ou sur le long terme.)

Cécile : Ce n’est pas directement lié à l’écriture, mais aux métiers-passion en général :

 

Aodez : Avec le recul, qu’est-ce que tu aimerais dire à la jeune autrice débutante que tu as été ?

Cécile : « Ne suis pas les conseils d’écriture des auteurs que tu aimes bien en tant que personnes, mais que tu n’aimes pas lire », parce que ça m’aurait évité beaucoup de déconvenues et d’années d’essais avortés sur certains projets…

 

Aodez : Et pour la dernière question : qu’est-ce qui rend l’écriture si précieuse à tes yeux ?

Cécile : Écrire, c’est vivre de manière augmentée, c’est mieux comprendre le monde qui nous entoure et celui qui est en nous, et je ne sais pas fonctionner sans… c’est rien et tout à la fois !

Vous pouvez retrouver les publications les plus récentes de Cécile Duquenne aux éditions ActuSF et sur l’application Rocambole.

(Cliquer sur l’image pour faire défiler le diaporama)

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